Guerre russo-ukrainienne : perspectives de paix face à des dégâts injustifiables.
GÉOPOLITIQUE
Alternativ3
2/27/20264 min read


« Aujourd'hui marque exactement quatre ans depuis que Poutine a entamé sa marche de trois jours sur Kiev. »
Ainsi a débuté le discours du président ukrainien Volodymir Zelensky à l’occasion du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de son pays par la Russie.
Le bilan du front
Face à ses objectifs non atteints, la Russie a de plus en plus du mal à justifier sa stratégie de guerre auprès de la population. Selon les dernières estimations du CSIS, au moins 325 000 de ses hommes auraient perdu la vie et 900 000 de plus seraient comptés parmi les blessés et disparus. Ces chiffres dépassent le total des pertes enregistrées par l’Union soviétique dans ses conflits militaires depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et Moscou ne parvient plus à les remplacer : 35 000 victimes contre 25 000 contrats signés en janvier.
Cette dynamique témoigne d’un désengagement relatif de la population que le pouvoir tente de compenser par des primes multipliées par 4 en deux ans, un élargissement du recrutement dans les prisons et une pression accrue sur les régions rurales peu favorisées. Selon une étude réalisée par Levada en 2025, le narratif de « guerre existentielle » argumenté par Vladimir Poutine fonctionne encore chez les plus de 55 ans, mais de moins en moins chez les actifs urbains.
L’année écoulée a confirmé l’enlisement sur la ligne de front. La Russie conserve l’initiative tactique mais au prix d’assauts coûteux et d’avancées marginales. Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), le pays n’a conquis que 4 000 kilomètres carrés en 2025, soit environ 0,7% du territoire ukrainien.
L’Ukraine, de son côté, souffre de la même façon de pertes militaires élevées — les estimations occidentales les situant à près de 500 000 tués et blessés depuis 2022 — ainsi que d’un déséquilibre budgétaire structurel. En 2025, plus de la moitié des dépenses publiques ont été consacrées à la défense et à la sécurité, financées majoritairement par l’aide étrangère, tandis que le PIB en volume reste inférieur d’environ 25 % à son niveau d’avant-guerre selon la Banque mondiale.
La démographie représente aussi un problème : près de 6,5 millions de réfugiés restent toujours à l’étranger et plusieurs millions de déplacés internes risquent d’empêcher la reprise économique, notamment dans l’Est et le Sud. Aucun camp n’est aujourd’hui en mesure de produire une percée stratégique décisive sans rupture majeure des équilibres en munitions, en matériel ou en effectifs.
L’horizon de paix
Et pourtant, en ce mois de février — appelé « féroce » {лютий} en ukrainien — un léger souffle d’espoir s’est levé, une fenêtre d’ouverture dans le processus de négociation. Le chef d’État ukrainien a vu une perspective de paix d’ici novembre prochain, date des élections états-uniennes de mi mandat présidentiel. Pour preuve, grâce à un Donald Trump impopulaire et en recherche de coup de force pour sauver sa mainmise sur la politique américaine, le travail d’élaboration d’une « paix juste » a redoublé d’efforts. Les échanges à Genève furent jugés constructifs par l’émissaire et conseiller du président Poutine, Vladimir Medinsky. Une nouvelle rencontre tripartite serait prévue aux Émirats fin mars.
Dans ce contexte, bien que les parties observent des avancées sur des détails tels que les échanges de prisonniers et les couloirs commerciaux, l’éléphant dans la pièce reste suspendu : la question territoriale. Le Kremlin demeure solide sur ses appuis. Il exige la prise de contrôle sur l'entiereté du Donbass et des régions de Zaporizhia et de Kherson, à l’heure où ses troupes ne contrôlent pas leurs capitales. Un message déployé par l'Etat pour assurer le monde de sa stabilité et de sa confiance en ses cartes sur le temps long.
D’autres demandes rappellent un schéma classique de capitulation : réduction des forces armées ukrainiennes à quelques dizaines de milliers d’hommes, non adhésion à l’OTAN, élections présidentielles en urgence, neutralité, renonciation aux réparations. Lignes qui seront davantage amenées à évoluer dans les mois et semaines à venir mais resteront des pistes centrales pour le narratif de propagande russe.
Kiev, de son côté, réaffirme sa volonté de paix et cherche à accéder au plus vite à un cessez-le-feu afin de pouvoir souffler. D’autres de ses terrains d’exigence sont les garanties de sécurité de la part des États-Unis, du Royaume-Uni et des puissances européennes, ainsi que le déploiement de leurs troupes au sol pour patrouiller la ligne de défense et assurer le respect du cessez-le-feu. L’Ukraine n’est pas prête à accepter de perdre des territoires, résolution qui par ailleurs nécessiterait une révision constitutionnelle par référendum, peu probable que ça passe. Pour cette raison, elle préfère temporiser sur la question pour le moment et garder une ouverture pour d’éventuelles contre-offensives.
Enfin, le pays espère attirer près de 800 milliards de dollars nécessaires à sa reconstruction, financement qui pourrait être en partie couvert par les quelques 210 milliards d’euros d’avoirs russes gelés en Europe. Cet investissement semble prometteur pour les parties intéressées et suscite bien des convoitises de la part des acteurs privés. Les 27 parviendront-ils à se mettre d’accord sur ce prêt ? Bien que la majorité le soit, d’autres membres se montrent davantage hésitants. « On a besoin d'un parachute avant de sauter. Si on nous demande de sauter, on saute tous ensemble » a affirmé le Premier ministre belge en faisant référence aux garanties de remboursement considérées instables. Réticence partagée par son homologue hongrois Orban qui, de son côté, s’oppose au principe même de confisquer ces fonds.


Alternativ3 est vice-président de l’Union Nationale Républicaine. Député, il préside également le groupe parlementaire du parti, où il coordonne la stratégie législative et l’action politique à l’Assemblée.
Il a cofondé L’Indépendant en février 2026 avec BadWayn et est aujourd'hui le président associé du média.
Auteur : Alternativ3
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