Les municipales à Paris : une élection disputée
Alternativ3
2/26/20266 min read
ans trois semaines seulement, le 15 et 22 mars prochains, les parisiens seront appelés aux urnes pour prendre part à des élections municipales des plus incertaines du pays.
Ce sera l’occasion pour eux d’élire leurs représentants au Conseil de Paris ainsi que, depuis la réforme PLM, de leurs arrondissements de résidence également.
Les dés sont lancés. La liste arrivée en tête, grâce à la prime majoritaire s’élevant à 25% des sièges, remportera très probablement la mairie.
Une gauche pas si sûre de ses appuis.
Emmanuel Grégoire, ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo et député de la capitale depuis 2024 est parvenu à mobiliser l’ensemble des gauches derrière lui, à l’exception de la France Insoumise. Cette coalition lui donne un positionnement confortable en tête avec une adhésion estimée entre 30 et 33% selon les derniers sondages.
Néanmoins, pris au piège d’un bilan d’une mairie sortante couverte de scandales et rejetée par pas moins de 54% des parisiens selon un sondage réalisé par l’IPSOS en décembre dernier, il tente de prendre ses distances en affirmant être « ni son candidat, ni son héritier » [d’Anne Hidalgo] sur le plateau de Franceinfo.
Enfin, se montrant de plus en plus belliqueux face à son adversaire principale : Rachida Dati, il se permet tous les coups à son encontre en assurant qu’elle « incarne un retour en arrière, comme Trump », ainsi qu’en agitant les peurs en la comparant à une « vague brune ».
Cela afin de tenter de se positionner en vote utile et reconquérir des électeurs de plus en plus méfiants à l’égard de la mairie socialiste.
La droite et le centre profondément fracturés.
Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement de la capitale et ex-ministre de la culture du gouvernement Lecornu II ayant tout juste démissionné hier, est plus que jamais déterminée pour en finir avec 25 ans de socialisme à Paris.
Souhaitant à tout prix se positionner en vote utile à droite et au centre pour entamer l’alternance, elle se montre tout particulièrement virulente à l’égard du bilan de la mairie sortante en rappelant, à coups de déclarations et de tweets, les échecs de celle-ci en matière d’urbanisme et de recrutement dans le périscolaire.
La candidate soutenue par les Républicains, le MoDem et l’UDI constate en effet dans un entretien que « la gauche parisienne a transformé des quartiers entiers en ghetto ».
Cela en proposant des mesures consensuelles pour la ville lumière afin de ratisser large : végétalisation, rigueur budgétaire, développement des pistes cyclables, armement de la police municipale.
Et pourtant, prise au piège de multiples scandales et affaires de corruption la reliant à l’Azerbaïdjan et au Qatar, elle enregistre des départs de soutiens vers la candidature de son opposante Sarah Knafo, comme celui d’Aurélie Assouline, adjointe du 17ème.
Afin de dépasser son socle cumulant aujourd’hui entre 25 et 30% d’électeurs et remporter la mairie, la candidate devra sortir de sa zone de confort pour conclure des accords à sa gauche ou à sa droite. Idée qu’elle n’a pas encore acquise en déclarant que sa liste au second tour sera identique à celle du premier.
Quant à son rival centriste soutenu cautionnement par le gratin de l’après-macronisme, Pierre-Yves Bournazel, il peine à rassembler et décide finalement de miser sur la stratégie du « ni-ni » : refuser de se désister et de fusionner sa liste avec celle de Dati ou de Grégoire au second tour, sans doute pour espérer se positionner en faiseur de rois au conseil municipal. Stratégie pourtant fortement critiquée par le président de son propre parti, Édouard Philippe, qui le rappelle à l’ordre en avançant vouloir œuvrer pour un « large rassemblement de la droite et du centre » à Paris.
En déclin dans les sondages et parvenant à mobiliser seulement 1 électeur sur 8 en moyenne, le candidat souffre d’une faible notoriété auprès des parisiens : 65% affirment ne pas le connaître ou pas suffisamment, contre 11% seulement pour sa rivale de droite selon un sondage IPSOS.
Pas de quoi se laisser décourager, PYB essaye de faire valoir son image pragmatique et modérée, créditée à 50% en cas d’absence de Dati au second tour et en opposition volontaire avec le profil de celle-ci qu’il présente comme trop populiste et clivant.
Une droite extrême en extrême transformation.
Sarah Knafo, étoile montante de la politique parisienne ainsi que petite amie d’Éric Zemmour, connaît une récente progression des plus impressionnantes.
Donnée à seulement 7% fin décembre, elle enregistre aujourd’hui jusqu’à 12% des intentions de vote, position lui permettant de se qualifier pour le second tour.
Prise au piège de la radicalité de son conjoint, célèbre pour ses condamnations pour incitation à la haine raciale, elle tente tant bien que mal de se donner une image davantage mainstream et modérée, habillée d’une veste jaune et d’un sourire rayonnant.
Elle ne parle pas d’islam mais d’économies, et préfère la circulation au grand remplacement, tout en travaillant sur son profil de personnalité de droite classique, adhérente à l’UMP dans sa jeunesse et admiratrice de Marie-France Garaud.
Fervente partisane du libéralisme économique, elle déploie un plan surréaliste d’économies de 10 milliards sur 10 ans prévoyant, entre autres, une division du nombre de fonctionnaires et de la taxe foncière par deux, la privatisation du nettoyage, l’arrêt des plafonnements de loyers et la réouverture de la circulation automobile sur la voie Georges-Pompidou.
Bénéficiant d’une forte notoriété sur les réseaux sociaux, elle rêve de forger une alliance avec Rachida Dati au second tour, manœuvre loin d’être actée et nécessitant probablement son arrivée en tête à droite.
Préservant un nuage de doute sur une possibilité pour elle de se maintenir en cas d’absence de cette fusion, la candidate de droite radicale parvient à proposer une voie alternative aux arrondissements aisés de culture libérale et patriote, un pari ambitieux qui va certainement défier les équilibres traditionnels.
Pas loin d’elle, le candidat du Rassemblement national Thierry Mariani, député européen et propagandiste prorusse notoire, dégringole dans les sondages. Crédité de 10% l’année dernière, il atterrit non pas en douceur sur un seuil situé entre 4 et 5% d’intentions de vote, tout juste en dessous de la barre fatidique qui lui permettrait de proposer de fusionner sa liste, voir ses frais de campagne remboursés ainsi que de grappiller quelques sièges au conseil de Paris.
Il adopte une posture constante : campagne discrète axée sur la sécurité et un refus d’alliances, ainsi que continue de bénéficier d’une notoriété particulièrement faible.
Le candidat souverainiste s’inscrit globalement dans une tradition de l’échec du RN à Paris, malgré le fait que celui-ci progresse fortement dans le reste du pays. Le parti à la flamme parviendra certainement à faire des prises de guerre notables cette année — et sans doute l’une des plus grandioses d’entre elles — la ville de Marseille.
Une extrême-gauche imprévisible.
Sophia Chikirou, compagne de Jean-Luc Mélenchon, personnalité la plus rejetée de France, s’attelle à naviguer de polémiques en polémiques afin de se faire connaître et parvenir à lever un électorat des quartiers populaires, traditionnellement abstentionniste à plus de 60%.
Qualifiant les journalistes de fascistes et de nazis ainsi qu’en rejoignant ses rivales de droite dans leur critique virulente du bilan de la mairie sortante, la candidate d’extrême-gauche parvient à tracer une ligne indépendante pour faire valoir son projet « de rupture » : stratégie qui se révèle clivante mais parfois payante : la liste de la France insoumise est donnée entre 11 et 15% dans la capitale, une progression de plus de 8 points par rapport à ses résultats obtenus en 2020.
Néanmoins, malgré cette percée évidente, elle semble toutefois modérément décliner dans les enquêtes d’opinion rècentes, prise au piège du vote utile à gauche et de son image majoritairement négative. Parviendra t’elle à convaincre plus d’un quart des parisiens, exploit réussi par son compagnon en 2022 ? La question reste en suspend, tant le vote insoumis est volatile.
Conclusion et perspectives
La ville de Paris connaît une forte mutation au niveau de sa vie politique, mais les équilibres restent solides : des listes émergentes telles que celles de Sophia Chikirou, de Sarah Knafo et de Pierre-Yves Bournazel tentent d’apporter une nouvelle façon de faire, tandis que la gauche et la droite classique s’affrontent frontalement dans une dynamique qui rappelle les querelles d’un autre temps.
Alors que la gauche avance unie, le centre et les droites partent fracturés comme à leur habitude, tant les lignes semblent irréconciliables. Pour parvenir à atteindre son rêve d’alternance, Rachida Dati devra prochainement tourner à sa gauche ou à sa droite afin de ne pas disparaître dans le rétroviseur de Grégoire.


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Alternativ3
Alternativ3 est vice-président de l’Union Nationale Républicaine. Député, il préside également le groupe parlementaire du parti, où il coordonne la stratégie législative et l’action politique à l’Assemblée.
Il a cofondé L’Indépendant en février 2026 avec BadWayn et est aujourd'hui le président associé du média.


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